Pourquoi évaluer objectivement ?
Le terme « agitation » recouvre énormément de réalités ; chacun peut l’interpréter différemment. Résultat : des interventions totalement différentes pour le même mot. Une description objective :
- Aligne l’équipe autour des mêmes faits.
- Permet au médecin et aux autres professionnels de raisonner sur des données réelles.
- Rend visible l’évolution sur la durée (utile pour ajuster ou déprescrire).
Les 5 buts de l’évaluation
1. Décrire les SCPD
À éviter : « L’usager est agité toute la journée. »
Adéquat : « Mme X fait des allers-retours en se frappant dans les mains pendant près d’une heure entre 10 h et 11 h et entre 15 h et 16 h. Elle crie chaque fois qu’elle croise quelqu’un. Elle jette le verre d’eau au sol et lance le biscuit offert. »
2. Fréquence et durée
- Depuis quand le comportement est-il présent ?
- À quelle fréquence (par heure, semaine, mois) ?
- Dure-t-il quelques minutes ou plus d’une heure ?
3. Moment
À quel moment de la journée se manifeste-t-il ? Matin, après-midi, soir, nuit ? Lors de quelle activité ? Douche, bain, changement de culotte, prise de médication, prise des signes vitaux ? Y a-t-il un moment où le comportement est absent ou plus fréquent ?
4. Lieu
Dans la chambre ? Dans les aires communes (salon, salle à manger, corridor) ? Dans la salle d’eau ?
5. Contexte
Avec qui le comportement survient-il le plus souvent ? Le moins souvent ? En présence d’intervenant·e·s en particulier ? Des proches ? D’autres usagers ? Y a-t-il des signes précurseurs ?
Choisir les bons mots
| À éviter | Exemple | Amélioration |
|---|---|---|
| « L’usager délire. » | « L’usager croit qu’on empoisonne sa nourriture » (vrai délire paranoïde) | |
| « L’usager veut retourner souper avec sa mère » (retour aux mémoires anciennes, pas un délire) | ||
| « L’usager hallucine. » | « L’usager voit des enfants rire dans sa chambre » (vraie hallucination) | |
| « L’usager demande où sont partis les enfants » (plutôt lié à des pertes mnésiques) | ||
| « L’usager est déprimé. » | « L’usager pleure et dit vouloir mourir car sa vie n’a plus de sens » (vrais symptômes dépressifs) | |
| « L’usager pleure parce qu’il pense que sa fille a été tuée » (secondaire à des symptômes psychotiques) |
L’examen clinique — éliminer une cause biologique
Avant de conclure à un SCPD « pur », identifier un problème de santé qui pourrait expliquer le comportement :
- Perturbation de l’état mental, du comportement, de l’autonomie
- Problème buccodentaire
- Problème d’élimination urinaire ou fécale
- Problème cardiopulmonaire
- Problème cutané
- Déshydratation
- Dénutrition
- Douleur — cause majeure et sous-diagnostiquée
- Effet médicamenteux / iatrogénie
- Delirium, infection, fièvre
Le médecin peut demander des examens complémentaires si nécessaire (delirium, infection, etc.).
Outils et grilles
- Formulaire BL0025 — Grille d’observation clinique
- Inventaire d’agitation de Cohen-Mansfield
- NPI (Neuropsychiatric Inventory)
- PACSLAC-II — évaluation de la douleur
- RADAR — dépistage delirium
La note au dossier — structure type
- Comportement observé, décrit factuellement (quoi, combien, comment).
- Moment / lieu / contexte.
- Signes précurseurs éventuels.
- Interventions tentées — et leur résultat.
- Recommandation pour le PTI si nécessaire.
À retenir
- Décrire, ne pas étiqueter.
- Cinq dimensions : fréquence, durée, moment, lieu, contexte.
- Éliminer une cause biologique avant de conclure à un SCPD.
- La note au dossier doit permettre à la relève et au médecin de raisonner.