Contexte
Mme Roy, 86 ans, TNCM Alzheimer modéré à sévère. Veuve depuis 14 mois, au CHSLD depuis 4 mois. Pleure tous les jours en fin de matinée et en soirée. Dit « je veux mourir », « je n’ai plus rien », « personne ne m’aime ». Mange peu.
L’équipe propose un antidépresseur.
Profil rapide
- Institutrice, très sociable, avait beaucoup d’amies.
- Mariée 58 ans, couple fusionnel.
- 2 enfants vivent loin, visites mensuelles.
- Toujours soignée, maquillée, coiffée.
Comportement observé
- Pleurs silencieux assise au salon.
- Propos sombres mais sans plan d’action suicidaire.
- Répète plusieurs fois les mêmes phrases.
- S’apaise brièvement quand on s’assoit près d’elle.
- Appétit diminué (perte de 2 kg en 3 mois).
Pièges d’interprétation
- « C’est une dépression, il faut un antidépresseur. » — possible, mais à vérifier.
- « C’est théâtral, elle cherche l’attention. » — banalisation dangereuse.
- « Elle délire quand elle dit vouloir mourir. » — pas forcément.
- « C’est un deuil, ça passera. » — peut s’enkyster en dépression majeure.
Besoins compromis
- Deuil non terminé du conjoint (14 mois + transition institutionnelle).
- Rupture identitaire : active, sociable → vie en CHSLD moins stimulante.
- Solitude objective : amies décédées, enfants éloignés.
- Perte des rôles : épouse, enseignante, maîtresse de maison.
- Possible dépression clinique à évaluer.
- Douleur à ne pas négliger.
Questions à se poser
- Qu’est-ce qui est vrai dans son discours ? (Solitude réelle, pertes réelles)
- A-t-on fait une évaluation systématique de la dépression (GDS-15 ou équivalent) ?
- Douleur évaluée (PACSLAC-II) ?
- Score nutritionnel ? Hydratation ?
- Activités signifiantes proposées ?
Interventions non-pharmacologiques d’abord
Accompagnement du deuil
- Rituels : bougie, photo, parler du conjoint à heure fixe.
- Permettre les pleurs, les valider : « Votre mari vous manque. Ça doit être très lourd. »
- Ne pas précipiter la diversion : d’abord valider, ensuite proposer.
Reconstruction de rôles
- Enseignante : aider à lire une histoire aux autres, garder un livre à portée.
- Sociable : la placer avec des résident·e·s compatibles aux repas.
- Maîtresse de maison : dresser une table, plier du linge avec elle.
Activités signifiantes quotidiennes
- Chorale, chant, jardinage, peinture.
- Participation à un petit groupe (3-5 personnes).
Liens avec les proches
- Appels vidéo hebdomadaires cadrés.
- Lettres, cartes, vidéos des petits-enfants.
- Rencontre de famille pour co-construire la présence.
Mesure de la dépression
- Évaluation formelle : GDS-15 si collaborative, sinon Cornell.
- Consultation médecin pour diagnostic différentiel.
Place de la médication
- Après évaluation formelle : si critères de dépression majeure remplis, un ISRS (sertraline, citalopram à dose basse) peut être approprié.
- Toujours en combinaison avec les interventions non-pharmaco, jamais seul.
- Surveillance hyponatrémie, chutes, interactions.
- Revoir à 4 semaines.
Seuil d’escalade
- Idées suicidaires avec plan → consultation psychiatrique urgente.
- Refus alimentaire prolongé → équipe nutrition, révision niveau de soins.
- Dépression réfractaire → avis gériatrie.
Débrief pédagogique
- Pleurer après un deuil récent est normal, pas pathologique.
- Distinguer tristesse de deuil, dépression clinique et symptômes psychotiques dépressifs.
- La médication n’est jamais un raccourci : elle complète une évaluation et un plan.
- La solitude se combat par des rôles, pas par des médicaments.
Réutilisation
- Atelier : utiliser la GDS-15 sur un cas vidéo.
- Quiz : distinguer les 3 diagnostics différentiels face à pleurs + « je veux mourir ».
- Fiche : accompagnement du deuil en CHSLD.