Contexte
M. Dupré, 71 ans, TNC fronto-temporal (désinhibition et apathie alternées). Hébergé depuis 8 semaines après une crise à domicile. Refuse : le lever, la douche, la prise de Mx, le repas à la salle à manger. Dit souvent « laissez-moi tranquille, c’est pas de vos affaires ».
L’équipe se sent découragée, évite de plus en plus les interactions.
Profil rapide
- Ancien cadre, indépendant, vivait seul.
- Divorcé, un fils avec lequel il a peu de contact.
- Aimait les journaux, la radio, le café noir, le silence le matin.
- Refusait déjà l’aide à domicile.
Comportement observé
- Reste au lit jusqu’à 10 h.
- Refuse la douche (« Je l’ai prise hier »).
- Ne descend pas manger — mange seul, parfois un peu, souvent rien.
- Désinhibition verbale (commentaires déplacés aux PAB).
- Pas d’agressivité physique.
Pièges d’interprétation
- « Il est désagréable par caractère » — le TNC fronto-temporal altère la régulation sociale.
- « Il manipule pour qu’on le laisse » — dans le FT, les comportements reflètent l’atteinte du cortex.
- « Il faut forcer, sinon il se dégrade » — forcer = rupture définitive.
Besoins compromis
- Autonomie perdue brutalement à l’admission.
- Identité professionnelle (cadre, preneur de décisions) niée par le milieu.
- Rythme ancien incompatible avec l’horaire institutionnel.
- Perte du lieu, des habitudes, parfois de la bière du vendredi.
- Solitude choisie avant, imposée maintenant dans un milieu collectif.
Questions à se poser
- Son refus concerne-t-il le soin ou la manière dont on le lui propose ?
- Peut-on adapter l’horaire (lever 10 h, douche q 3 j, repas en chambre) ?
- Que peut-on négocier, déléguer, respecter ?
- A-t-il accès à un journal, une radio, son café noir ?
Interventions — approche « client »
Renverser la posture
- On ne vient pas « faire » — on vient proposer.
- On reconnaît son statut : « Bonjour Monsieur Dupré, je viens voir avec vous ce qu’on peut faire ce matin. »
- On le vouvoie toujours, on demande la permission.
Négocier la routine
- Lever à son rythme ; pas d’insistance matinale.
- Douche possible q 3 j, cheveux lavés séparément.
- Petit déjeuner en chambre, journal à disposition, café noir chaud.
- Repas du midi à la salle à manger uniquement s’il le veut ; table retirée si préférable.
Reconnaître l’identité
- Nommer son ancien métier s’il le souhaite.
- Lui demander son avis sur quelque chose (programme musical, météo).
- Ne pas corriger publiquement ses sorties de désinhibition ; en parler brièvement plus tard, avec tact.
Cadre d’équipe
- Consigne commune : approche client, pas « approche soin ».
- Tous les PAB appliquent le même protocole (pas un qui force, un autre qui laisse faire).
- Caucus : partager les refus accueillis, les réussites, les trucs.
Soutenir l’équipe
- Verbaliser la difficulté et la fatigue en caucus.
- Ne pas laisser un·e seul·e PAB porter toutes les interactions.
Seuil d’escalade
- Refus chroniques : revoir le niveau de soins, évaluer l’état nutritionnel, hydratation, état cutané.
- Pas de médication anxiolytique « pour qu’il accepte ». Ce serait une contention chimique pour non-désorganisation.
- Si idées suicidaires, refus alimentaire prolongé avec dégradation : équipe santé mentale + niveau de soins à revoir.
Débrief pédagogique
- Le TNC fronto-temporal demande une approche très personnalisée.
- L’équipe peut se protéger par la posture « service », pas « lutte ».
- Renoncer à certains soins quotidiens (douche tous les jours) est une décision clinique sensée, pas un échec.
Réutilisation
- Atelier : jeu de rôle « approche client » vs « approche soin ».
- Cas en plusieurs épisodes : réévaluation à 2 semaines, puis 6 semaines.