Contexte
Mme Laflamme, 82 ans, TNCM Alzheimer modéré. Depuis 3 semaines, entre 16 h et 18 h, elle marche rapidement dans le corridor, se cogne aux cadres de porte, interpelle les autres résident·e·s et cherche « sa mère » ou « ses enfants à l’école ». Elle pleure parfois, sans être consolable.
Équipe fatiguée. Le médecin envisage d’ajouter une dose de quétiapine à 16 h.
Profil rapide
- Mère de 4 enfants, maîtresse de maison toute sa vie.
- Routine ancienne : à 16 h, retour des enfants de l’école, goûter, devoirs.
- Aime chanter, a dirigé une chorale.
- Mari décédé depuis 10 ans ; elle le cherche parfois.
Comportement observé
- Marche rapide, regard scrutateur.
- Visite les portes les unes après les autres.
- Touche, ouvre des tiroirs.
- Voix montante : « Où sont les enfants ? »
- Calmée transitoirement par une présence chaleureuse.
Pièges d’interprétation
- « Elle fait une rechute psychotique » — non, retour aux mémoires anciennes préservées.
- « Elle est devenue agressive » — recherche active, pas agression.
- « Ajoutons un AP » — masque mais ne répond pas au besoin.
Besoins compromis
- Rôle ancien non exprimé : mère, responsable de la maisonnée à 16 h.
- Sous-stimulation diurne : peu d’activités l’après-midi.
- Routine non adaptée à son histoire de vie.
- Deuil du mari réactivé.
- Fatigue cumulée en fin de journée (phénomène du coucher de soleil / sundowning).
- Environnement trop calme, peu de repères temporels.
Questions à se poser
- Que se passe-t-il à 16 h dans l’unité ? (Relève d’équipe, chariot du souper, bruit)
- Que faisait-elle à 16 h durant sa vie active ? Comment le reproduire ?
- Exposition à la lumière naturelle le matin ?
- Sieste trop longue l’après-midi ?
Interventions non-pharmacologiques à tenter
Routine de 15 h 45
- Activité signifiante anticipée : pliage de linge, mise de table, chant, souvenirs en photo.
- La réunir avec une récréologue ou PAB dédiée 30 min.
- Si possible, un café et un biscuit « comme à la maison ».
Validation quand elle cherche
- « Vos enfants comptent beaucoup pour vous. Parlez-moi d’eux. »
- Diversion vers une photo, un album, une chanson connue.
- Ne pas corriger (« ils sont grands maintenant ») → silence ou « ils vont bien, ils pensent à vous ».
Environnement
- Lumière plus vive en fin de journée (contrer la confusion du sundowning).
- Musique douce, connue.
- Réduire stimulations antagonistes (télévision forte, alarmes).
- Signalétique chaleureuse.
Diurne
- Sortie ou marche au jardin le matin.
- Limitation des siestes à 30 min.
- Hydratation, surveillance de la douleur.
Plan 24/7
- Rituel de 15 h 45 inscrit à tous les quarts.
- Photos encadrées dans sa chambre, à portée.
- Si agitation : validation + diversion, pas de PRN automatique.
Seuil d’escalade
Quétiapine non justifiée en premier : risques (chutes, somnolence) > bénéfices probables. Une évaluation systématique et 2-4 semaines de plan non-pharmacologique doivent précéder.
Débrief pédagogique
- Le sundowning a une cause multifactorielle : fatigue, désynchronisation circadienne, routine ancienne.
- L’histoire de vie est l’outil central pour proposer une activité signifiante.
- Agir en amont (15 h 45) plutôt que réagir à 17 h.
Réutilisation
- Atelier : construire le plan 24/7 pour Mme Laflamme.
- Quiz : « La première hypothèse face à une agitation vespérale ? »
- Fiche : prévention du sundowning.